Featurings et collaborations : Comment déclarer et partager les revenus entre artistes ?

Dylan Sroussi
4/2/26

Dans l'industrie musicale actuelle, les featurings sont devenus un passage obligé. Que ce soit pour élargir sa fanbase, croiser des univers ou simplement créer du contenu viral, collaborer n'a jamais été aussi stratégique. Mais derrière le studio et les réseaux sociaux se cache une réalité fiscale et sociale que beaucoup d'artistes négligent : comment déclarer correctement les revenus issus d'une collaboration ?

Entre droits SACEM, rétrocessions d'honoraires, déclarations URSSAF et statuts juridiques, les erreurs sont fréquentes... et coûteuses. Cet article vous donne toutes les clés pour gérer proprement vos featurings, éviter les redressements et optimiser votre fiscalité en 2026.

Les différents types de revenus générés par un featuring

Quand vous faites un featuring, vous ne touchez pas qu'un seul revenu, mais potentiellement plusieurs flux qui obéissent chacun à des règles fiscales et sociales différentes.

1. Les droits d'auteur (SACEM)

Si vous êtes auteur (parolier) ou compositeur du morceau, la SACEM répartit les droits d'exécution publique (DEP) selon des règles strictes. Par défaut, le partage se fait de manière égalitaire entre paroliers, compositeurs et éditeurs.

Exemple pratique : Sur un featuring, si Rappeur A écrit les paroles et Rappeur B compose l'instru, chacun touche 1/3 des DEP (parolier, compositeur, éditeur). Si un éditeur intervient, il prend sa part sur celle du compositeur ou du parolier selon le contrat.

Point clé : La SACEM a accéléré ses délais de répartition ces dernières années. Vous toucherez vos droits plus rapidement qu'avant, généralement quelques mois après l'exploitation sur les plateformes de streaming.

2. Les droits voisins (SPRÉ, SCPP, SPPF)

Si vous interprétez votre propre morceau (rappeur, chanteur), vous générez aussi des droits voisins via les sociétés de gestion collective comme la SPEDIDAM ou l'ADAMI. Ces droits sont distincts des droits d'auteur et concernent la diffusion de votre interprétation (radio, streaming, spectacles).

3. Les avances et cachets

Lors d'un featuring, il arrive qu'un label ou un producteur verse une avance ou un cachet forfaitaire pour votre participation. Cette somme doit être déclarée comme revenu artistique principal à l'URSSAF.

Attention : Une avance n'est pas un don. Elle doit être déclarée fiscalement, même si elle sera déduite des futures royalties.

4. Les revenus streaming et ventes physiques

Les plateformes comme Spotify, Deezer ou YouTube génèrent des royalties qui sont réparties entre les ayants droit selon les accords contractuels. Si vous n'avez pas formalisé un contrat de collaboration, c'est souvent le premier artiste crédité qui touche l'intégralité... à charge pour lui de redistribuer.

Qui déclare quoi ? Répartition légale et contractuelle

Le contrat de collaboration : LA base

Avant même de poser un 16 sur un featuring, il faut formaliser la collaboration par écrit. Ce contrat doit préciser :

  • La clé de répartition SACEM (qui touche quoi sur les droits d'auteur)
  • Le partage des royalties streaming (ex : 50/50, 70/30...)
  • Les modalités de paiement (avance, rétrocession, versement direct)
  • Les droits d'exploitation (qui peut utiliser le morceau, où, comment)

Important : Depuis 2025, la jurisprudence a renforcé l'encadrement des cessions de droits. Conclure des contrats de cession de propriété intellectuelle à titre gratuit expose les contractants à une annulation. Pour éviter la nullité, il faut prévoir une contrepartie financière à la cession de droits, ou, si la cession est à titre gratuit, la formaliser devant un notaire.

Déclaration SACEM : Les clés de répartition

Lors du dépôt de l'œuvre sur SACEM Online, vous devez déclarer tous les co-auteurs et compositeurs avec leurs parts respectives. Par défaut, le partage est effectué de manière égalitaire au sein de chaque catégorie d'ayants droits (parolier, compositeur, éditeur).

Cas pratique :

  • Featuring classique : Rappeur A (parolier/compositeur 50%) + Rappeur B (parolier/compositeur 50%)
  • Avec producteur : Rappeur A (33%) + Rappeur B (33%) + Producteur C (33%)

Déclaration URSSAF : Rétrocession d'honoraires

Si un artiste-auteur reverse une rémunération en contrepartie d'une collaboration pour la réalisation d'un projet commandé par un tiers, celui qui a reçu la totalité de la somme doit déclarer à l'URSSAF la rémunération perçue en tant que "vente d'œuvre originale". Son co-auteur doit quant à lui déclarer à l'URSSAF la somme perçue en "rétrocession d'honoraire".

Exemple concret :Un label paie 10 000 € à Rappeur A pour un featuring avec Rappeur B. Ils se sont mis d'accord sur un split 60/40.

  • Rappeur A déclare 10 000 € en "vente d'œuvre originale" à l'URSSAF
  • Rappeur A reverse 4 000 € à Rappeur B
  • Rappeur B déclare 4 000 € en "rétrocession d'honoraire" à l'URSSAF

Le cas du featuring "non rémunéré" (troc de services)

Beaucoup d'artistes se disent : "On ne s'est rien payé, c'est du featuring gratuit, pas besoin de déclarer". Erreur.

Même un featuring non rémunéré génère des droits SACEM et des royalties streaming. Ces revenus doivent être déclarés dès qu'ils tombent. Le fisc et l'URSSAF ne considèrent pas le "troc artistique" comme une exonération.

Les statuts et structures adaptés pour gérer vos collaborations

Artiste-auteur en micro-BNC

Les revenus artistiques (droits d'auteur, ventes d'œuvres, remise d'un prix, attribution d'une bourse, revenus accessoires) sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC). Le régime micro-BNC s'applique si le chiffre d'affaires réalisé ne dépasse pas 77 700 € avec un abattement de 34 % pour frais professionnels.

Avantages : Simple, rapide, pas de comptabilité lourde.

Inconvénients : Plafond de CA limité, abattement forfaitaire qui peut être moins intéressant si vous avez beaucoup de frais réels (studio, production, déplacements).

EURL/SASU pour les rappeurs confirmés

Si vos revenus dépassent 77 700 €/an, ou si vous souhaitez optimiser votre fiscalité et séparer votre patrimoine personnel de votre activité professionnelle, créer une EURL ou une SASU devient pertinent.

Avantages :

  • Déduction des frais réels (studio, featuring, clips, promo)
  • Possibilité de se verser un salaire et d'optimiser les dividendes
  • Crédibilité accrue face aux labels et partenaires

Inconvénients :

  • Comptabilité obligatoire
  • Coûts de gestion (expert-comptable, formalités)

Label ou structure de production

Certains artistes créent leur propre label (SARL, SAS) pour centraliser les revenus de leurs featurings, gérer les droits et signer des contrats avec d'autres artistes. C'est particulièrement adapté si vous produisez régulièrement d'autres rappeurs.

Les pièges fiscaux et sociaux à éviter

1. Oubli de déclaration = redressement URSSAF

En tant qu'artiste-auteur, c'est votre déclaration annuelle à l'Urssaf qui détermine votre protection sociale. Les démarches à suivre diffèrent selon que vous déclarez des bénéfices non commerciaux, des traitements et salaires, ou les deux.

Calendrier 2026 : Les artistes-auteurs ont reçu leur calendrier de cotisations provisionnelles 2026 dès décembre 2025. Le premier appel de cotisations pour le 1er trimestre 2026 a été adressé début janvier, avec une échéance de paiement au 15 janvier 2026.

Pour la déclaration des revenus 2025, elle devra être effectuée entre avril et juin 2026 sur le portail artistes-auteurs.urssaf.fr.

2. Confusion entre avance et cachet

Une avance est un acompte sur les futures royalties. Un cachet est une rémunération forfaitaire définitive. Fiscalement, les deux se déclarent différemment.

3. TVA sur les prestations artistiques : vigilance en 2026

Actualité importante : En 2026, la question de la TVA pour les artistes-auteurs reste en suspens. Après plusieurs reports et débats parlementaires, la loi spéciale n° 2025-1316 du 26 décembre 2025 permet d'assurer le fonctionnement des services publics et reconduit les dispositions budgétaires et fiscales de 2025 jusqu'à l'adoption d'une loi de finances pour 2026 La Maison des Artistes.

Les seuils actuels en vigueur (reconduction 2025) :

  • Ventes d'œuvres et droits d'auteur : franchise en base jusqu'à 50 000 € de CA (seuil de tolérance à 55 000 €)
  • Revenus accessoires : franchise jusqu'à 35 000 € (seuil de tolérance à 38 500 €)

Attention : Le projet de loi de finances 2026 prévoyait d'abaisser le seuil à 37 500 € pour les artistes-auteurs, mais cette mesure est toujours en discussion au Parlement. Surveillez l'adoption finale du PLF 2026 pour connaître les seuils définitifs.

Si vous dépassez le seuil, vous devez facturer de la TVA (taux réduit de 10 % sur les cessions de droits d'auteur et 5,5 % sur les ventes d'œuvres) et la reverser au fisc.

4. Featuring international : Retenue à la source

Si vous collaborez avec un artiste basé à l'étranger (USA, UK, etc.), une retenue à la source peut s'appliquer sur vos droits d'auteur. Il faut vérifier les conventions fiscales entre la France et le pays concerné pour éviter la double imposition.

Étude de cas : Rappeur A (Paris) feat Rappeur B (Marseille) sur un titre produit par Label C

Contexte :

  • Label C commande un titre à Rappeur A et Rappeur B
  • Avance globale : 15 000 € versée à Rappeur A
  • Accord verbal : split 70/30 (Rappeur A / Rappeur B)
  • Pas de contrat écrit formalisé

Problèmes potentiels :

  1. Absence de contrat : En cas de litige, aucune preuve du split 70/30
  2. Déclaration URSSAF : Rappeur A doit déclarer 15 000 €, Rappeur B doit déclarer 4 500 € en rétrocession
  3. SACEM : Si les clés ne sont pas correctement enregistrées, Rappeur B ne touchera rien
  4. TVA : Si Rappeur A dépasse les seuils de franchise, il doit facturer la TVA au Label C

Solution optimale :

  • Avant l'enregistrement : Signer un contrat de collaboration précisant les parts SACEM, les royalties et les modalités de paiement
  • À la livraison du morceau : Rappeur A facture 15 000 € au Label C, reverse 4 500 € à Rappeur B
  • Déclaration URSSAF : Chacun déclare sa part dans la bonne catégorie (entre avril et juin 2026 pour les revenus 2025)
  • Déclaration SACEM : Enregistrer les deux artistes avec leurs clés de répartition

Checklist des bonnes pratiques pour vos featurings

Avant l'enregistrement :

  • Signer un contrat de collaboration écrit (même entre amis)
  • Définir les clés de répartition SACEM
  • Prévoir les modalités de paiement (avance, royalties, rétrocession)

Pendant la production :

  • Déposer l'œuvre sur SACEM Online avec tous les co-auteurs
  • Prévoir un split sheet pour les royalties streaming

Après la sortie :

  • Déclarer les revenus à l'URSSAF entre avril et juin de chaque année
  • Vérifier les paiements SACEM et contacter l'organisme en cas d'erreur
  • Conserver tous les justificatifs (contrats, factures, certificats de précompte)

Optimisation fiscale :

  • Évaluer si le passage en EURL/SASU est pertinent au-delà de 77 700 € de CA
  • Anticiper la TVA si vous approchez des seuils de franchise (suivre l'adoption du PLF 2026)
  • Consulter un expert-comptable spécialisé dans l'industrie musicale

Besoin d'un accompagnement fiscal sur-mesure pour vos collaborations artistiques ?

Chez DMS Consulting, nous accompagnons quotidiennement artistes, rappeurs, labels et producteurs dans la gestion de leurs revenus issus de featurings et collaborations. Que vous soyez en micro-BNC ou que vous envisagiez de créer votre structure (EURL, SASU, label), nous vous aidons à :

  • Optimiser vos déclarations fiscales et sociales (URSSAF, impôts, SACEM)
  • Sécuriser vos contrats de collaboration en lien avec nos partenaires juridiques
  • Structurer vos revenus pour minimiser votre charge fiscale
  • Anticiper les évolutions réglementaires (TVA, réformes URSSAF, plafonds 2026)

Prenez rendez-vous avec un expert DMS Consulting spécialisé dans l'industrie musicale : https://www.dmsconsulting.fr/contact

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